Alan Lee : « J’ai regardé “Les Anneaux de pouvoir” avec un détachement jouissif »


NE PASet chercher plus. Le cadeau de Noël parfait pour tout fan de fantasy (et de littérature !) qui se respecte est celui-ci : Contes et légendes inachevés de JRR Tolkien, illustré par Alan Lee, John Howe et Ted Nasmith. Trois artistes réunis autour du plus grand auteur du XXe siècle, qui peut mieux dire ? D’autant plus que, contrairement Beren et Luthienqui n’avait droit qu’à une version française à prix réduit, Contes et légendes il bénéficie d’une véritable et belle édition à la hauteur de l’original. Merci Christian Bourgois d’avoir fourni les moyens. Nous comptons désormais sur vous pour publier avec le même soin La chute de Numenor et, pourquoi pas, soyons fous, l’édition collector de Silmarillion illustré par Tolkien lui-même !

Mais revenons au nôtre Contes… Comme le savent bien les lecteurs réguliers de Point Pop, le Britannique Alan Lee et le Canadien John Howe sont en quelque sorte les gardiens du temple de l’imaginaire de la Terre du Milieu, puisqu’ils se produisent depuis plusieurs décennies. Un peu moins connu ici, Ted Nasmith (également canadien) a aussi longtemps collaboré avec le regretté Christopher Tolkien, fournissant notamment les toiles de la première édition illustrée de Silmarillion. Bref, avoir réuni les trois ensemble est un événement et chacun pourra goûter à ces interprétations du texte de Tolkien, amoureusement éditées par son fils. De passage à Paris au début du mois pour le lancement du livre en France, Alan Lee compare son style à celui de ses amis et nous donne une certaine confiance.

Article: Ce n’est pas tous les jours qu’un même livre est illustré par trois artistes différents !

Alan Lee : Oui et c’était la première fois que nous travaillions ensemble sur le même livre. Sauf que nous n’avons pas du tout travaillé “ensemble” ! John Howe était en Nouvelle-Zélande (pour la série Amazon), Ted Nasmish au Canada et moi en Angleterre, donc tout passait par l’éditeur. La clé était de se mettre d’accord sur ce que chacun montrerait.

avez-vous combattu

La vérité est que nous aimons toutes les trois des choses différentes. Ted avait déjà commencé à travailler sur certaines scènes et savait précisément ce qu’il voulait montrer. Quant à John, il y a plusieurs domaines où il est imbattable ! Nous savions qu’il y avait dix-huit illustrations en tout, six pour chacune. L’éditeur nous a laissé libre cours sur le choix des scènes à illustrer, il fallait juste faire en sorte qu’elles ne soient pas trop rapprochées.

Lire Aussi :  Quinté PMU - Pronostic du PRIX DE TOURCOING 16 déc. 2022

A LIRE AUSSI“Les Français vont enfin découvrir le vrai ‘Silmarillion’ de Tolkien”

Vous avez tous les trois des styles et des techniques très différents : quelles sont leurs caractéristiques, selon vous ?

Je dois faire très attention à ce que je dis car John et Ted peuvent ne pas être d’accord du tout. [Il rit.] Je pense que le style de John se caractérise par son dynamisme, il excelle dans l’art de capter l’essence d’une scène. Ses illustrations ont souvent des tons assez sombres et une composition très maîtrisée et dramatique. Ted aime montrer le monde lui-même. Il porte une grande attention aux pierres, aux cascades… Souvent, les personnages se perdent dans des paysages immenses. Mes dessins sont plus… plus doux, je suppose. Il n’y a pas de contrastes forts ou de couleurs vives. J’essaie d’expliquer une ambiance, une humeur…

Elle utilise presque exclusivement l’aquarelle. Pourquoi?

Ce que j’aime dans l’aquarelle, c’est qu’il s’agit d’une création sur papier en perpétuel mouvement. Si j’ajoute un peu d’eau à une roche par exemple, je vois la couleur changer et s’étaler de manière imprévisible. J’ajoute un peu de sel et la texture change pour ressembler à du lichen. C’est comme si l’aquarelle se créait d’elle-même, je réagis juste à ce qu’il propose en ajoutant un peu de ceci ou un peu de cela et en observant ce qu’il en fait. On ne sait jamais ce qui va donner au final, c’est un peu comme de l’alchimie !

Quelques illustrations de Contes et légendes inachevés ils t’ont donné du fil à retordre ?

Il y en a une qui m’a pris une éternité : la première bataille des Gués d’Isen [page 436 des Contes et légendes inachevés, NDLR]. J’ai presque regretté d’y être allé ! La peinture originale est cinq ou six fois plus grande que l’illustration du livre. Il est tellement détaillé qu’il faudrait le voir grandeur nature pour se rendre compte de l’œuvre qu’il représente avec ses centaines de personnages. Cinq ou six semaines seul !

Il semble que vous préfériez dessiner des paysages que des personnages…

C’est la vérité. Je pense que c’est ce qui me dérange le plus. Je vis dans un bel endroit à la campagne du comté de Devon. Et je ne me lasse pas de dessiner des paysages. Enfin, je ne les dessine pas tels quels, mais les utilise plutôt comme une source d’inspiration, m’immergeant dans les textures et les couleurs. Je me promène dans les bois, je prends des photos et j’absorbe tout ce qui m’entoure. Et puis je rentre chez moi et j’imagine un paysage fantastique qui semblera de plus en plus authentique car il est basé sur la réalité.

Je ne me sens pas limité car je ne fais pas que peindre le monde de Tolkien, je peins notre monde tel que je le vois : ses lacs, ses rivières, ses forêts, ses montagnes…

Y a-t-il des choses que vous ne voulez pas montrer ?

Lire Aussi :  qui seront les artistes au cœur de la saison 7 ?

À l’époque où je travaillais avec Christopher Tolkien, il m’a spécifiquement demandé de ne pas expliquer Morgoth. Il ne voulait pas le voir illustré car Tolkien ne décrit pas vraiment un personnage mais plutôt le mal lui-même, un sentiment d’horreur. Parfois, illustrer quelque chose diminue sa signification. Alors quand il s’agissait de peindre la scène où Beren et Luthien endorment Morgoth, je n’ai pas mis ce dernier dans le tableau. Vous voyez toutes les créatures horribles qui l’entourent et vous pensez que si elles sont à son service, combien cela doit être encore plus horrible. On sent sa présence mais on ne le voit jamais.

A LIRE AUSSI“The Rings of Power” honore-t-il le “Seigneur des Anneaux” ?

Est-ce que les films de Peter Jackson vous influencent aujourd’hui lorsque vous incarnez un personnage comme Gandalf, par exemple ?

Il m’est impossible maintenant d’imaginer un autre Gandalf que Ian McKellen. Il a tellement capturé l’essence du personnage que je ne fais que le regarder. Même quand je lis le livre, c’est sa voix que j’entends !

J’ai regardé la série d’AmazonLes anneaux de pouvoir ?

Oui. J’ai décidé de ne pas porter plainte car nous n’en avons vu que cinq jusqu’à présent, un si gros projet ! Ce que je peux dire, c’est que j’ai regardé les épisodes avec impatience pour savoir ce qui allait arriver. Et j’ai été assez surpris par certaines choses. Je vais certainement regarder la suite. Il y a beaucoup de choses appréciables dans cette série… Reste à savoir comment elle va évoluer ! Attendons voir. Mais ce qui est certain, c’est que le fait de ne pas être impliqué dans la production de cette série m’a permis de la regarder avec un agréable détachement !

Lire Aussi :  Tim Burton ne fera plus de films pour Disney

Qu’en est-il de son concurrent, maison des dragons ?

Je pense que j’ai vu une saison de Jeu des trônes, une fois, dans un avion. Je l’ai trouvé très intéressant et cinématographiquement génial. Mais je n’ai pas ressenti l’envie de continuer… J’ai aussi regardé un peu Le sorceleur. Mais le problème c’est que je ne peux pas suivre, tout va très vite et personne ne parle. Mon esprit vagabonde et, au lieu de me concentrer sur l’intrigue, je me demande comment ils ont fait tel château ou telle créature !

La question qu’on a dû vous poser mille fois mais… n’est-ce pas ennuyeux, à la longue, de toujours montrer Tolkien ?

Je n’ai pas l’impression de toujours raconter la même histoire. Cet univers est si riche. Vous pouvez montrer une scène un jour, puis remonter 3 000 ans en arrière pour montrer quelque chose de complètement différent. Je ne me sens pas limité car je ne fais pas que peindre le monde de Tolkien, je peins notre monde tel que je le vois : ses lacs, ses rivières, ses forêts, ses montagnes… Si je devais peindre le – pareil des personnages encore et encore, je pourrais me lasser, mais il y a tellement de variété d’histoires, de paysages, de héros… La seule limite c’est que je dois réprimer mon instinct comique ! Je considère que je veux traiter l’univers de Tolkien avec le plus grand sérieux et ne pas distiller des éléments d’humour qui n’ont rien à voir avec lui.

Y a-t-il encore des choses que vous rêvez de montrer ?

Trop probablement ! Je n’aurai probablement jamais le temps d’expliquer tout ce dont je rêve. Il y a tellement de belles histoires ! En ce moment, j’essaie de faire un livre avec toutes mes histoires préférées, folklore, mythologie, poésie… Au cas où je ne pourrais pas expliquer tout ce que je veux, j’essaierai de rassembler le maximum dans un livre !

A LIRE AUSSIVoir la leçon de dessin de John Howe


Source

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Articles Liés

Back to top button