Algérie : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir »


CONTREHaos et zone grise de l’audiovisuel algérien ? Tout le suggère. En quelques heures, mardi dernier, une chaîne de télévision algérienne quasi inconnue du grand public a fait le buzz. A ses frais aussi. Nous avons appris que l’Autorité de régulation de l’audiovisuel, l’Arav, a décidé de fermer “immédiatement et définitivement” la chaîne de télévision Al Adjwaa. Motif : « L’Arabe a constaté une violation de la déontologie professionnelle par la chaîne de télévision Al Adjwaa, principalement liée au non-respect des spécificités de la société algérienne, ainsi que des atteintes à la moralité publique, à travers la diffusion de contenus immoraux et de scènes sous licence contraires . pour les valeurs de la société. »

Les réseaux sociaux réagissent

De quoi s’agit-il? D’une scène, en fait : la chaîne avait, la veille, diffusé un film, avec Jackie Chan en vedette, où l’on voit, pendant quelques secondes, le torse nu d’une actrice lors d’un bref câlin. Ce mini-scandale du point de vue de la morale dominante n’aurait pas pris autant d’ampleur sans la sortie tonitruante des Arabes. Et des captures d’écran de la scène incriminée sont apparues sur les réseaux sociaux, accompagnées de commentaires partagés entre la dénonciation de cette “atteinte aux bonnes mœurs” et la condamnation d’une certaine hypocrisie. “Le souci, c’est que dans ce film, ils ont montré une femme et son mari qui s’aiment. Ça, on ne l’accepte pas dans notre société, l’amour est interdit chez nous”, écrit un internaute. « Quand on montre des caméras cachées qui humilient les femmes et les hommes, c’est bien… Quand les télés trash ouvrent leurs postes aux charlatans, c’est bien. Lorsque nous justifions la violence contre les femmes, elle disparaît. Mais un tout petit téton, alors là, non ! commente une jeune femme sur Facebook. D’autres ont simplement condamné la fermeture et le licenciement de la chaîne main militaire de son personnel.

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Déclaration d’excuses de la chaîne de télévision

De son côté, la chaîne concernée a diffusé un communiqué en larmes, annonçant qu’elle quittait définitivement le paysage audiovisuel, tout en présentant « des excuses à [ses] téléspectateurs et à tout le peuple algérien après cette très grave erreur”. “Nous mourrons et le pays vivra. Vive l’Algérie. Gloire et éternité à nos martyrs”, conclut le communiqué. Cet “incident” en rappelle un autre, cette fois en Iran : en décembre 2018, le directeur d’une chaîne iranienne locale, IRIB, a été licencié après la diffusion d’un film de Jackie Chan (lui encore ‘autre !) où les scènes de l’acteur . les rencontres sexuelles avec une prostituée n’avaient pas été censurées…

Pas le premier pour l’Autorité de régulation

Ce n’est pas la première fois que l’Arabe s’érige en défenseur de la morale publique, de la religion, des traditions, des valeurs familiales, des mœurs et « des spécificités de la société algérienne ». En avril dernier, en plein mois sacré de Ramadan, l’instance de régulation avait convoqué le directeur de la chaîne Echorouk après “des plaintes reçues concernant des dérives portant atteinte au caractère sacré du mois de Ramadan”. C’était une scène d’un feuilleton algéro-tunisien où un patron regarde attentivement les rondeurs de sa secrétaire… Mais, au-delà de ce coup de sang de l’Arabe, c’est tout le fonctionnement de ces chaînes comme aussi le cadre légal qui les réglemente. , ce qui crée de sérieux problèmes.

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A LIRE AUSSIDaoud, Khadra, Sansal, etc., en place !

Questions sur le fonctionnement des canaux privés

Précisons tout d’abord ici que le film Jackie Chan, diffusé par Al Ajwaee TV, est une version piratée ! Et ce n’est pas une exception. « Certaines chaînes privées spécialisées dans la diffusion de contenus piratés, souligne un connaisseur du secteur. Des films qui sortent à peine dans les salles à l’international sont, le lendemain, diffusés sans que l’autorité algérienne ne bouge. En quoi est-ce surprenant dans un pays où des démodulateurs pirates, fabriqués ici et connectés à des serveurs pirates en Chine ou ailleurs, sont vendus publiquement sur le marché ? poursuit cet expert.

Perturbation juridique et financière

De fait, le paysage audiovisuel algérien est une sorte de zone grise depuis le lancement des premières chaînes privées après le printemps arabe en 2011, sorte de gage d’ouverture ou de soupape de sécurité démocratique dans un pays où seuls les médias étaient autorisés. radiodiffuseurs publics. Le lancement de ces chaînes privées, sans cadre légal, s’est fait dans un chaos total. Ces télévisions sont de droit étranger, elles ne sont tolérées par les autorités qu’avec des agréments provisoires. Les journalistes et leurs équipes de tournage bénéficient de certaines accréditations temporaires. Quant à la diffusion par satellite, elle se fait ailleurs, depuis la France, la Jordanie ou la Grande-Bretagne, et les sources de financement restent souvent opaques… Un vrai gâchis, tant juridique que financier !

En attendant la prochaine loi

La première loi sur l’audiovisuel privé a été adoptée en 2014, mais le fonctionnement en mode zone grise reste en place, rendant ces chaînes off-shore aussi précaires que malléables au bon vouloir des puissants du moment. “Ces chaînes de télévision sont toujours sous le droit étranger. Le citoyen n’avait droit à aucune information sur son identité. Qui les finance ? Quelles sont leurs lignes éditoriales ? A quelles spécifications répondent-ils ? inquiet pour les colonnes deEl Watan professeur et spécialiste des médias Redouane Boudjemaa. “En réalité, ces téléviseurs ne répondent à aucune norme professionnelle ou déontologique. Des chaînes qui font souvent tout et n’importe quoi, sauf le travail d’un journaliste. Dans l’indifférence manifeste d’une instance de régulation absente”, a-t-il poursuivi.

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Du coup, la seule “régulation” possible – en attendant qu’une nouvelle loi soit faite – reste la voie répressive : ces dernières années, de nombreuses chaînes privées ont tout simplement été fermées, comme El Djazairia One ou Lina TV récemment.

Des télévisions qui ont quand même changé le paysage audiovisuel

Mais, malgré les dérives de ces chaînes, l’ouverture chaotique et la zone grise juridique qui les tient en otage, l’épanouissement de l’audiovisuel privé algérien a permis l’explosion de nouveaux talents de journalistes, animateurs, comédiens, etc. De rares émissions de satire politique, des reportages locaux (loin des canons des médias officiels), quelques talk-shows de qualité ont changé le rapport des Algériens – dépendants de la télé française ou moyen-orientale – avec le petit écran. Aujourd’hui, il lui reste à espérer que la nouvelle loi sur l’audiovisuel, dont la révision dure depuis des mois, mettra fin à la situation juridique précaire des télévisions privées et imposera enfin de l’ordre dans le paysage audiovisuel.

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