Angoulême: Christiane Guillaume, 100 ans et une vie comme un roman

Christiane Guillaume, photographiée dans l'édition Charente Libre du 25 novembre 1994. Elle raconte les expositions de peintures qu'elle organise dans sa cave voûtée.


Christiane Guillaume, photographiée dans l’édition Charente Libre du 25 novembre 1994. Elle raconte les expositions de peintures qu’elle organise dans sa cave voûtée.

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Et elle y vit toujours ! Sa librairie, au rez-de-chaussée, a eu plusieurs vies. Le dernier en date : le restaurant La Cour a ouvert il y a trois ans. “Ce n’était pas qu’une librairie réputée pour ses livres anciens, ma mère en a fait une crêperie et un salon de thé”, se souvient Mylène, sa fille, qui y a travaillé jusqu’à ses 30 ans. Elle refuse de donner son âge et précise, pour l’orthographe de son prénom, « Comme Mylène Farmer, sans le compte en banque. » Originalité, cette famille en a à revendre, et les enfants ont de quoi se réjouir.

Elle a vendu des incunables

« Vous souvenez-vous de nos voyages en Tanzanie, en Russie, à Zanzibar ? » Jeff demande à sa sœur. “Mais j’étais très jeune”, intervient Christiane Guillaume, qui parle peu, affaiblie par plusieurs coups. Ses enfants parlent pour elle, peignant le portrait d’une femme libre, qui a avalé des dizaines de kilomètres à vélo depuis Gurat – la ville où elle est née – pendant la Seconde Guerre mondiale ; a participé à un court métrage avec Jean Rochefort à Royan. “Elle avait un client prêtre qui volait des livres en les cachant sous sa soutane, tu te souviens ? »Jeff s’agite.

La Maison du livre est aussi une entreprise pionnière, qui acquiert une solide réputation, malgré la concurrence féroce de l’époque. Pour vous donner une idée : il y avait une quinzaine de librairies et papeteries à Angoulême en 1971 ! “Ma mère était avant-gardiste, elle a été la première à vendre des manuels scolaires et à lancer un système d’échange. Elle a repris tous les livres pour les revendre d’occasion”.

“Elle a agrandi la librairie”

Son expertise des livres anciens – qu’elle met à la disposition des tribunaux – attire des clients de toute la France. Dans sa main, elle tenait un incunable, un drôle de mot pour les livres imprimés en Europe au XVe siècle.e siècle, juste après que Gutenberg ait inventé l’imprimerie. Il n’en reste qu’environ 30 000 en circulation dans le monde. “Elle a vendu des livres à Hemingway, Avance Mylène, qu’elle a retrouvée plus tard lors d’une visite au domicile de l’écrivain aux États-Unis. »

Vie romantique, mais vraie. Tout (ou presque) est confirmé par le directeur des archives municipales Florent Gaillard et le souvenir de son éléphant. Il était lui-même client. Il touchait les tranches de vieux livres quand il avait une quinzaine d’années. “Elle a agrandi ce qui était autrefois ces librairies dans la vieille ville. Il y avait une atmosphère particulière dans cette maison. C’est une femme que j’ai toujours trouvée jeune, avec une certaine attitude et une ouverture d’esprit. »

Une curiosité qu’on cultivait encore il y a quelques années, en participant aux conférences de l’Académie d’Angoumois. Assise à La Cour avec sa famille, elle a dû se souvenir de ces décennies à émerveiller les Charentais, avec son savoir, ses bouquins incroyables et sa gentillesse.

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