Coupe du monde | Boycott… ou pas : la question est-elle vraiment là ?

On a laissé les débats épidémiologiques sur la relativité du taux d’incidence et la nocivité possible des ARN messagers, il y a désormais les débats sur le taux d’audience de la Coupe du monde en Allemagne. Ils ont fleuri ces derniers jours comme des coquelicots dans le vaste champ des opinions contradictoires.

D’un côté, oui, on pouvait compter sur les Allemands, nos frères, pour faire le nécessaire (ou pas). Nous étions ravis de voir le couple franco-allemand s’entendre si bien. Leur attitude a permis de confirmer absolument tout ce que l’on pensait de la Coupe du monde et de son éventuel boycott (ou pas). Si nous étions pour le boycott, nous nous rendrions compte avec une certaine surprise que la courbe des audiences chutait fortement (ou pas). Oui oui Elle baisse les yeux.

Contre le Japon, nous a-t-on dit, il n’y avait que 9 millions d’Allemands devant leur télévision (contre 25 millions en moyenne lors de la Coupe du monde 2018). Pour les boycotteurs, il n’y avait aucun doute. Les Allemands ont eu le courage d’écouter les appels à l’abstention.

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Mais, miracle de la foi, les non boycotteurs virent le contraire et la preuve définitive que le boycott était inefficace pour influencer le cours de l’histoire. Contre l’Espagne, lors du match suivant, 17 millions d’Allemands se sont rassemblés. On oubliait, on agitait, le poids du streaming légal ou non, le calendrier des matchs (20h00 pour Allemagne-Espagne, 14h00 en milieu de semaine pour Allemagne-Japon), la qualité de l’opposition et l’intérêt.

La posture des joueurs allemands avant le coup d’envoi contre le Japon

Crédit : Getty Images

On apprenait à cette occasion que le temps des marchés de Noël était redoutable pour le public d’outre-Rhin. Oui, oui, c’est certain (ou pas) le Christstollen et le vin chaud sont les seuls vrais concurrents de ce monde, pas les dilemmes moraux. Conclusion du non-boycott : les publics sont quasiment inchangés chez nos voisins. Et cela, imaginez un peu, malgré même les positions ouvertement hostiles de la fédération allemande. Le boycott ne sert à rien, la preuve, il ne sert à rien. CQFD

le monde d’hier

Ce débat apparemment absurde sur les audiences en Allemagne est pourtant intéressant pour ce qu’il révèle de l’époque. Premièrement, il montre la puissance du biais de confirmation et la guerre d’interprétations qu’il provoque. Il ne s’agit plus de collecter des données qui pourraient réfuter un modèle de pensée ou une croyance personnelle, mais plutôt d’examiner chaque fait à partir du paradigme dans lequel on se trouve afin de mieux le renforcer.

Le biais de confirmation est un type de matraquage cognitif où seul le renforcement de la croyance compte désormais plutôt que la recherche de la vérité. Cependant, comment parler de cette Coupe du monde, des problèmes qu’elle pose, de la portée historique qu’elle peut prendre, si les discussions portent exclusivement sur la manière de confirmer ses propres convictions et/ou le plaisir pervers de prouver l’autre camp ? Ce n’est plus une polémique, c’est une bagarre dans la cour d’école.

Depuis sa fondation au XIXe siècle, le football a été conçu (à tort ou à raison, c’est une autre question) comme un nouvel humanisme sportif destiné à faire progresser les peuples vers l’intériorisation des règles et la civilisation de la morale. Son succès repose sur la simplicité de ses lois, la plasticité de ses valeurs (même les dictatures l’adoraient) et l’inclusivité de sa pratique.

Depuis plus d’un siècle, le football a réussi là où l’ONU a échoué : unir toute l’humanité autour d’un droit commun. Ne pas toucher le ballon avec la main, c’est l’universalisme du football. Les conditions historiques, sociales et économiques de sa pratique n’ont jamais été un obstacle à son attractivité. Plutôt l’inverse. Un accord tacite s’est exprimé à l’occasion d’une Coupe du monde sous la forme d’une pause footballistique. D’un côté il y avait le jeu et de l’autre les conditions matérielles de ce jeu. Les discussions se sont arrêtées au départ. Et a recommencé après le coup de sifflet final. Tel était le monde d’hier.

Les boycotteurs ont gagné

Depuis une vingtaine d’années, le processus de fragmentation du football fonctionne : diffusion de l’offre, multiplication des compétitions, financement de l’économie, sécession de la Super League, condition d’attribution des Coupes du monde… Et depuis l’élection d’Infantino à la FIFA, les forces centrifuges ont été si puissantes qu’elles ont atteint le cœur même de l’édifice rituel de notre jeu : la Coupe du monde.

Et, phénomène nouveau, la critique la plus virulente du football ne vient désormais plus de l’extérieur (ceux qui n’y connaissaient pas grand-chose mais n’hésitaient pas à donner leur avis) mais de l’intérieur du football. – le même. Car les boycotteurs ne sont pas des critiques comme les autres. Ils connaissent (bien) le football. Et ils le répètent avec mélancolie, ils ont renoncé à la Coupe du monde au Qatar, comme un gros fumeur préfère renoncer au zig du réveil plutôt qu’au cancer du poumon. Ils se retrouvent aux heures de match pour faire autre chose. Et après trois coups de sifflet, sans que personne ne se comprenne vraiment, tout le monde rentre chez soi dans un silence assourdissant.

Antoine Griezmann discute avec l’arbitre après le coup de sifflet final France vs Tunisie

Crédit : Getty Images

Qui a gagné le débat ? Les boycotteurs, sans doute. Non pas parce qu’ils ont raison – de mon point de vue c’est encore une impasse – mais parce que leur position radicale éteint naturellement toute discussion future possible. Ils ont réussi – même malgré ce que certains prétendent – à déplacer la réflexion sur les conditions d’organisation de l’événement, la manière de les réformer, bref, d’un problème politique, ils posent une question d’éthique personnelle à une tendance eschatologique. .

Retournant l’impuissance contre elle-même, le débat ne porte plus sur l’articulation entre principes et action (c’est la définition de la politique) mais entre principes et principes (c’est la définition de l’idéologie). Impossible désormais pour eux de s’arrêter en si bon chemin sous peine d’incohérence. Le monde n’était qu’une scène. Il s’agit maintenant de combattre le football dans son ensemble. Tel est le destin du révolutionnaire : il finit toujours par se retourner contre lui-même.

Babylone la Magnifique

Dommage, car le camp de l’utopie n’était pas ce que l’on pense. Écoutez Stefan Zweig répéter en 1936, avant le grand effondrement, le mythe de la Tour de Babel, qui semble se rejouer épisodiquement dans notre vieille Europe coincée entre forces centrifuges et centripètes, alternant besoin d’unité et tendance à diviser. On aurait dit qu’il parlait de foot quand il racontait Babel avec nostalgie

C’était la première fois que l’humanité se réunissait pour faire un travail commun, et parce qu’ils étaient d’accord, ayant le même langage et la même pensée, leur travail grandissait merveilleusement – un symbole inoubliable que notre humanité, quand elle est unanime et ne gaspille pas d’énergie sur des collisions stupides, capables d’atteindre le plus haut. Et la Bible dit aussi que Dieu, voyant leur construction s’élever dans son ciel, a décidé de bloquer cette œuvre, et que le moyen d’empêcher l’humanité était de ruiner leur accord. Vous vous souvenez de ce qui est écrit dans la Bible : il a confondu les langues pour qu’elles ne se comprennent pas, elles se sont fâchées les unes contre les autres, elles se sont disputées et ont laissé leur travail inachevé.“.

L’unité du football est brisée. Babel peut s’effondrer à nouveau.

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