Espace Presse – Prix Irène Joliot Curie pour Bérengère Dubrulle, femme scientifique de l’année

Le prix Irène Joliot-Curie, décerné par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation avec le soutien de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies, vise à promouvoir la place des femmes dans la recherche et la technologie en France. Bérengère Dubrul a remporté le prix de la femme scientifique de l’année pour sa contribution exceptionnelle à la recherche publique.


A propos de la place des femmes dans la science, on part de loin ! Ni Marie Curie ni Irène Joliot-Curie, bien que lauréates du prix Nobel, n’ont été admises à l’Académie des sciences. Des progrès restent à faire, même si le CEA et le CNRS travaillent à rendre la place des femmes beaucoup plus visible dans les sciences.explique Bérenger Dubrul.
Le prix Joliot-Curie est un modèle car il permet aussi la reconnaissance des femmes scientifiques et suscite ainsi des vocations. J’en suis un bon exemple : ma vocation est née quand j’avais 8 ans quand j’ai découvert des images de Marie Curie travaillant dans un livre d’histoire. Nous avons besoin de modèles féminins en science pour que les jeunes femmes d’aujourd’hui puissent s’identifier à elles et entamer à leur tour des carrières scientifiques. »

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Spécialiste des turbulences

Bérenger Dubrul est un physicien qui étudie la turbulence dans les fluides et ses applications en astrophysique et géophysique, comme la formation du système solaire ou les changements climatiques violents. « Tous les systèmes naturels, géophysiques ou astrophysiques contiennent des fluides. Sur Terre, l’atmosphère et l’océan sont fluides. Et dans tous ces fluides il y a de la turbulence. C’est l’état du liquide, qui se manifeste par l’apparition de tourbillons, explique-t-elle. Ces tourbillons dans l’atmosphère peuvent être de grandes tornades, des ouragans, des anticyclones et des cyclones. Il y en a aussi dans l’océan. »

Après avoir rejoint le CNRS en 1991, Bérengère Dubrul a travaillé à l’Institut de recherche météorologique de Tsukuba (Japon), après quoi elle a commencé à étudier l’intermittence dans la turbulence en 1994. En 2001, elle rejoint le Service d’Etat de Physique des Condensés (SPEC, CEA/CNRS/Université Paris-Saclay) en tant que Directrice Scientifique pour travailler sur les explications théoriques et expérimentales des phénomènes astrophysiques et géophysiques.

Dissipation dans les systèmes turbulents : études prospectives

Entre autres travaux importants, depuis 2015, Bérenger Dubrul s’est largement impliqué dans la découverte d’un nouveau domaine de recherche, l’étude de la dissipation d’énergie en mouvements turbulents dans un fluide visqueux. Ainsi, son équipe a démontré l’existence à petite échelle de plusieurs types d’événements de dissipation d’énergie rares mais intenses dans un processus indépendant de la viscosité.

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La maîtrise de la dissipation d’énergie dans les écoulements fluides est un enjeu primordial dans un grand nombre de domaines, comme l’aéronautique, la navigation, l’astrophysique ou la recherche climatique… Dès lors, la compréhension des phénomènes de turbulence est une tâche scientifique, technologique et économique importante. .


Jusqu’à il y a peu, on s’intéressait surtout aux grandes échelles, en particulier aux simulations climatiques à l’échelle de la France ou de la région. Nous avons fini par nous rendre compte qu’il nous manquait des phénomènes très importants qui se produisent à de très petites échelles, sous la forme d’événements de diffusion très intenses.souligne Bérenger Dubrule.
Nous avons récemment essayé de construire une expérience appelée Giant Von Karman (GVK) qui nous permet d’accéder à ces petites échelles. C’est un véritable défi technologique que de faire des observations de turbulences en dessous de l’échelle de Kolmogorov*, cela n’a jamais été fait auparavant. Cela nécessite des caméras très rapides, des lasers, toute une batterie de traitements d’images, ainsi que des théories mathématiques complexes. Mon objectif est cependant de trouver des moyens de décrire les fluides de manière parcimonieuse et efficace, en évitant une consommation excessive de ressources informatiques. C’était le fil conducteur de toutes mes recherches. »

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Sensibilisation et transfert de connaissances

Outre l’apport de ses travaux sur la turbulence, Bérengère Dubrul contribue à l’échange des connaissances en physique en tant que directrice de l’Ecole de Physique de Le Usche depuis 2020. Elle s’implique également dans la communication de la physique au grand public en participant à de nombreuses médiations scientifiques Activités. Elle a notamment co-écrit, avec la climatologue du CEA Valérie Masson-Delmot, un livre
Climat : de nos ancêtres à vos enfants qui sensibilise les jeunes au changement climatique.

Récompenses et honneurs

  • 1993 : médaille de bronze du CNRS
  • 2008 : Grand Prix de l’Académie des Sciences du nom de Madame Viktor Nura
  • 2017 : Médaille d’Argent du CNRS 2021 : Médaille Lewis Fry Richardson de l’Union Géophysique Européenne

* Calcaire à partir duquel les tourbillons sont détruits par la viscosité, le frottement des molécules d’air. Par conséquent, ils se dissipent à la chaleur. Il y a des tourbillons qui tournent si vite, si vite, qu’ils parviennent à échapper à cet effet, existent en dessous de cette échelle et y créent des événements très intenses.

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