« La diffusion d’une vidéo est en soi une menace », selon le recteur de Toulouse

Avant les vacances de la Toussaint, un enseignant du lycée Antoine-Bordelle de Montauban a parlé d’un de ses élèves portant le vêtement traditionnel de l’abaya. Leur échange à la fin du cours a été filmé à l’insu du professeur puis diffusé sur TikTok par l’élève qui a estimé que les propos de son professeur étaient insultants, l’avocat de la jeune fille qui a porté plainte auprès de France Bleu pour les propos discriminatoires expliqués à France Bleu. Après avoir enregistré des plaintes et ouvert une enquête, l’établissement et le professeur se retrouvent aujourd’hui sous protection policière sans aucune menace avérée. Mostafa Fourar, le recteur de l’Académie de Toulouse, a pris une situation très au sérieux en réponse aux questions. 20 minutes.

Quand avez-vous entendu parler de ce qui s’est passé au lycée Portelle ?

Le port de l’abaya est un phénomène qui a commencé à la fin de l’année dernière, mais il a pris de l’ampleur à la rentrée. Au lycée Bordelle, nous comptions au total une vingtaine d’élèves sur plus de 2 500 portant l’abaya avant les vacances de la Toussaint.

La difficulté est que le port de l’abaya n’est pas interdit par la loi, s’il est porté avec l’intention délibérée de véhiculer une signification religieuse, et revendique donc une identité religieuse. Dès que j’ai été informé de cette montée en puissance, je me suis déplacé physiquement dans l’établissement le 3 octobre pour mesurer l’ampleur de l’événement et prendre les décisions qui s’imposaient.

En quoi consiste ce processus ?

C’est une pratique pédagogique. Une circulaire du ministère vient d’arriver, à travers ce protocole avec le chef d’établissement, il faut s’assurer que les élèves qui le portent le portent, c’est une mode ou un derrière. Il y a une approche religieuse. Le processus a été lancé qui comprend une phase de dialogue avec les élèves et leurs familles. Certains étudiants le portent en alternance, parfois ils portent des jeans et d’autres fois ils viennent avec une abaya. En revanche, le directeur a identifié quatre élèves qui le portaient correctement.

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Avant les vacances, la période de dialogue avec les familles s’est terminée et nous avons informé les parents que pendant les vacances, leurs enfants ne seront pas admis dans l’établissement en portant l’abaya. Sur les quatre jeunes femmes, trois ont cessé de le porter, car elles ont compris que la procédure disciplinaire conduirait à une exclusion. Comme si vous pouviez payer n’importe quel montant. Une seule femme a refusé de l’enlever, déclarant très clairement qu’elle portait une abaya. Nous n’avons pas à passer par le processus d’exclusion car elle a décidé de sa propre initiative de démissionner, elle a 17 ans et n’a pas besoin d’aller à l’école obligatoire. Elle n’est plus dans l’établissement.

Suite à la mise en place de cette mesure, il y a eu une pacification : le dialogue avec les familles porte ses fruits, et pour certains les sanctions menacent. Les choses sont revenues à la normale. La jeune femme a tenté de rallier ses camarades en distribuant des tracts leur demandant de manifester devant l’établissement le 9 novembre en portant des abayas. C’était un échec.

La jeune femme a diffusé sa conversation avec son professeur sur les réseaux sociaux. Quelles mesures ont été prises à ce niveau ?

Nous avons été informés que cette vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux. J’ai attiré l’attention de la directrice et lui ai dit de l’encourager à rencontrer le professeur et à porter plainte. Je lui ai fourni une sécurité fonctionnelle pour l’accompagner dans ces démarches. Le directeur a pris le temps d’informer les parents de cet élève que X avait été dénoncé par le directeur et l’enseignant pour enregistrement illégal et diffusion sur les réseaux sociaux.

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Faites-vous une certaine veille sur les réseaux sociaux ?

L’histoire de l’Académie de Toulouse a conduit à la présence de personnalités talentueuses et d’une organisation spécifique dans ces matières. Nous avons un centre civique qui regroupe un certain nombre d’acteurs, notamment le groupe “Valeurs républicaines”. Dans cette cellule, nous avons une veille sur les réseaux sociaux et nous sommes en contact avec la Cellule Intermédiaire sur la Radicalisation. Nous pouvons recevoir des avertissements de tous les côtés. Dans ce cas, nous avons travaillé avec la province de Darn-et-Garonne, ce qui nous permet d’obtenir des informations dans le cadre de l’établissement.

Une équipe d’éducation “Valeurs républicaines” s’y est rendue la semaine dernière. A quelles fins ?

Comme la jeune femme avait annoncé une manifestation dans son pamphlet, nous ne l’avons pas pris à la légère. Le 9 novembre, une vingtaine de membres de cette cellule sont intervenus pour rencontrer tous les élèves de Premier et de Terminale pour travailler avec eux sur les valeurs de laïcité et de républicanisme. Il est très important de démontrer aux élèves que la laïcité est là pour les protéger.

Que pensez-vous de la plainte de la fille ?

Elle a déposé une plainte pour discrimination après avoir publié la vidéo sur les réseaux sociaux. Si elle se sent vraiment discriminée, il y a d’autres options que de le diffuser sur les réseaux sociaux. Je pense que cette jeune femme n’a pas mesuré la gravité de la situation, l’enregistrement est illégal, mais surtout la diffusion sur les réseaux sociaux est une menace. Autant que je sache, il n’y a pas de menace pour le professeur, mais nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour le protéger ainsi que l’institution.

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Le ministère a fait état de 720 rapports d’attaques contre la laïcité en France en octobre, et le nombre est en augmentation. Et l’Académie de Toulouse ?

Toulouse est l’une des six académies de France avec le plus de signalements. Les personnes portant l’abaya se sont également rencontrées dans d’autres institutions. A chaque fois, la question a été résolue par les chefs d’établissements sur la base d’un dialogue avec les familles et les étudiants. Le seul événement où nous sommes allés qui menaçait de mettre en place une procédure d’exclusion était Bordelle, le seul événement où une étudiante était autorisée à porter une abaya, et elle a démissionné parce qu’elle ne l’acceptait pas pour étudier.

Ces signalements augmentent-ils ?

Par rapport à l’année dernière, oui, elles augmentent et c’est principalement lié au port de l’abaya. Même si certains étudiants, dont cette jeune femme, ont estimé que leur intention n’était pas de porter atteinte aux valeurs républicaines, mais plutôt à leur code vestimentaire. Certains élèves n’en ont peut-être pas vu le danger, et c’est un vêtement disponible dans les magasins de mode, selon le sens qu’on donne à le porter.

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