une couleur qui ne passe pas à l’Opéra de Paris

Neneh (Oumy Bruni Garrel) dans

L’AVIS DU “MONDE” – POURQUOI PAS

Sans doute la danse classique n’a-t-elle jamais été filmée sous le prisme du racisme institutionnel. Phil Neneh Superstar, le metteur en scène Ramzi Ben Sliman choisit de l’aborder à travers le regard d’une enfant, Neneh, une jeune fille de 12 ans issue d’un quartier populaire qui, de la technique à la passion, a tout pour intégrer l’école de danse de l’Opéra de Paris. – rien que la bonne couleur de peau. Elle réussit son audition non sans heurts, car les débats furent houleux au sein de l’équipe de l’Opéra : certains professeurs se demandaient si ce corps noir allait tacher la scène, abîmer la ligne homogène des ‘corps blancs’.

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Après cette scène cruelle et bien senti dans sa façon de ne pas y aller de main morte, Neneh Superstar il semble que vous pensiez que pour dénoncer la xénophobie d’une discipline d’élite, il faut pousser les curseurs au maximum – au risque de raccourcis et de caricatures. Le réalisateur saisit un racisme institutionnel qui s’assume et s’affirme de manière claire et puissante, alors qu’il est beaucoup plus insidieux et caché.

En face, Neneh est filmée comme un corps explosif, indiscipliné, aux manières et au langage familiers qui s’entrechoquent dans un environnement décrit comme ennuyeux et corseté – là encore, prend un cliché de ce que serait une jeune fille de banlieue, incapable d’intérioriser. les normes de l’environnement qu’elle prétend vouloir intégrer.

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Contrastes dégoûtants

Le film traite d’un sujet délicat et passionnant, mais préfère les contrastes excessifs à la finesse du scénario. En témoigne également le personnage incarné par Maïwenn, une enseignante qui renie ses origines, mais encore une fois en sortant les gros sabots. Enfin, nous voudrions écarter un détail tant il paraît extra-cinématographique mais qui gêne encore plus notre appréciation : le rôle de Neneh est confié à Oumy Bruni Garrel, fille des acteurs et producteurs de films Valeria Bruni Tedeschi et Louis Garrel.

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Dans le dossier de presse, le réalisateur justifie ce choix en expliquant qu’il devait trouver une jeune actrice qui sache danser et jouer et que Oumy Bruni Garrel était la seule à remplir ces deux conditions. Il y a là quelque chose comme un angle mort (celui de la reproduction sociale, du capital culturel, de la question raciale qu’on croit comprendre en dehors de la lecture en classe), un déni qui contredit le message politique que le film tente de faire passer.

Film français de Ramzi Ben Sliman. Avec Oumy Bruni Garrel, Maïwenn, Aïssa Maïga (1h35).

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